En rémission d’un cancer du sein, Isabelle Guyomarch se raconte dans « Combattante ». Une plume légère et sans filtre.

De son combat, elle en a fait une force. À la tête d’une entreprise de cosmétiques, Isabelle Guyomarch a développé Ozalys, une gamme de produits dédiés aux femmes atteintes d’un cancer. Elle-même en rémission, elle raconte son parcours dans « Combattante », un ouvrage paru aux Éditions Le Cherche-Midi au mois de mars dernier. Dans ces pages, aucun tabou. Maman de deux filles, épouse et chef d’entreprise, la belle aborde toutes les questions, relate toutes les étapes du cancer le plus répandu chez les femmes : celui du sein. Avec plus de 50 000 nouveaux cas chaque année, celui qui « touchera près d’une femme sur neuf » selon la Ligue contre le cancer a pourtant été vaincu. Rencontre avec Isabelle Guyomarch, la combattante. 

"Quand nous avons un cancer, on ne pense pas seulement aux rides et à sa peau"

Les Influenceuses : Était-ce important pour vous d’écrire ce livre ?

Isabelle Guyomarch. D’une certaine manière, j’ai eu besoin de donner mon éclairage sur cette épreuve. C’est aussi une manière de me relever face à ce long parcours. « Combattante » est un livre, ou plutôt un manifeste, pour la féminité. J’y aborde celle qui est malmenée par le cancer, mais également ce que veut dire la féminité au sens large. Il faut dire que j’ai l’intime conviction que cette notion est beaucoup plus complexe que chez les Hommes. Lors des étapes de bonheur des femmes, comme par exemple la maternité, elle nécessite une certaine force et c’est encore plus le cas quand elle est détruite. 

En lisant votre livre, on comprend que votre relation avec la salle de bain a changé… 

Isabelle Guyomarch. La salle de bain est un endroit de plaisir où l’on aime se préparer et prendre soin de soin. Forcément, après une telle épreuve, cela n’a plus rien à voir. Quand on se regarde dans le miroir, ce n’est plus le même reflet. Il n’y a plus vraiment de femme, elle est soit décharnée soit forcie à cause de son traitement. Elle n’a plus de seins et doit faire face à la perte de cheveux. C’est une épreuve extrêmement difficile d’autant plus que cela arrive soudainement, tout se passe en quelques heures à peine. 

Dans "Combattante", vous expliquez avoir fait le choix d’assumer votre crâne rasé…

Isabelle Guyomarch. Oui, j’ai préféré porter des foulards. Il faut dire que la perte de cheveux, en plus d’être traumatisante pour celle à qui cela arrive, l’est également pour son entourage. Bien souvent, l’image du crâne chauve est associée à la mort et cela se retranscrit dans le regard des autres. La prise en charge intégrale des perruques est donc une avancée formidable. Elles permettent de préserver les autres de la peine. 

Préserver de la peine, c’est également ce que vous avez cherché à faire en développant votre gamme dermo-cosmétique pour les femmes touchées par le cancer, Ozalys ? 

Isabelle Guyomarch. C’était un véritable besoin. Si chacune a sa propre façon de vivre sa maladie, je fais partie de celles qui ont besoin de donner du sens à ce qui leur arrive. Mon travail m’a ainsi permis de tenir et de me relever. C’est devenu le sens de ma vie. Cela m’a donc parut naturel. 

Y avait-il un vrai manque de ce côté-là ? 

Isabelle Guyomarch. Clairement ! Les patients touchés par les traitements contre le cancer ont de nombreux problèmes, autres que la perte de cheveux. La chimiothérapie ou les traitements qui suivent la rémission (entre 5 et 10 ans pour une femme après un cancer du sein) ont des effets secondaires qui affectent la peau et les muqueuses. Généralement, les produits d’hygiène et de beauté ne sont pas pensés pour ça. Les femmes utilisent donc simplement les produits classiques du commerce en les déviants de leurs usages principaux. 

Comment avez-vous adapté votre gamme ? 

Isabelle Guyomarch. Après trois années de recherche, nous avons développé notre propre blacklist en allant plus loin que celle déjà en vigueur. Nous avons supprimé les perturbateurs endocriniens, chose assez simple ainsi que les sels d’aluminium, le talc ou encore la pierre d’alun. Avec Ozalys, nous avons également travaillé sur la migration qui se fait au contact du packaging. Quand nous avons un cancer, on ne pense pas seulement aux rides et à sa peau, l’hygiène est un autre pilier à revoir. Par exemple, la muqueuse buccale est souvent affectée, nous avons donc pensé un dentifrice qui se veut plus doux. 

Vous qui êtes une « Combattante », quel conseil donneriez-vous aux femmes qui viennent de se faire diagnostiquer ? 

Isabelle Guyomarch. C’est la question la plus difficile ! Il faut se faire aider et surtout, se faire confiance. Il y a, en chacune de nous une combattante. Certaines, comme moi, puiserons leur force dans le travail, pour d’autres, ce sera différent. Personne n’a la même manière d’appréhender cela. Je ne suis certainement plus la même qu’avant mon cancer. Désormais, j’apprends à retrouver ma féminité et à aimer.

 

"Combattante" d'Isabelle Guyomarch, Éditions Le Cherche-Midi, 17€

 

Propos recueillis par Cyrine BRmdn

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